« Freshkills recycler la terre » de Lucie TALEB

Informations :

Titre : Freshkills recycler la terre

Auteur : Lucie Taleb

Éditeur : La contre allée pour la version brochée et Pocket

Nombre de pages : 128 pages

Format  et prix : broché 15 € / poche 5.95 €

Date de publication : 7 avril 2022 chez Pocket

Genre : essai

Résumé :

L’ île de Staten Island, à New York, a hébergé de 1948 à 2001 ce qui devint peu à peu l’une des plus grandes décharges à ciel ouvert du monde. Aujourd’hui, le site de Freshkills se transforme en un parc verdoyant, parmi les plus grands de New York, construit au-dessus des déchets enfouis.
Dans ce récit-documentaire à la croisée des genres, Lucie Taïeb remonte aux origines de cette décharge de Babel pour « penser le problème de manière poétique » et comprendre ce lieu qui, à l’apogée de sa production, traitait jusqu’à 29 000 tonnes d’ordures par jour. S’intéresser à l’histoire de ce site et à la façon dont nous traitons nos déchets est aussi pour l’autrice l’opportunité de questionner l’usage du langage technocratique et marketing pour influencer notre perception du réel.

Mon avis :

Lorsqu’on se rend à New York, Fresh Kills n’est pas du tout au programme touristique ! Lorsque j’y suis allée il y a deux ans, il est vrai que j’avais noté les nombreux sacs poubelles jonchant les trottoirs. Je n’ai pas poussé la réflexion jusqu’à me demander où tous ces déchets pouvaient bien finir….Jusqu’en 2001, il atterrissaient pas loin de Manhattan, à Staten Island. Le site de Fresh Kills, est devenu la plus grande décharge à ciel ouvert du monde, recueillant 29 000 tonnes d’ordures par jour ! New York, ou l’illusion d’une ville propre…alors que des montagnes de détritus s’accumulaient depuis 1947 dans ce borough excentré, loin des regards.

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Les différents tons de vert représentent le site entier de Fresh Kills, qui court sur 890 hectares (soit environ 1200 terrains de foot !)

 

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                       Jolie photo avec l’ESB en toile de fond, vous ne trouvez pas ?

 

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Voilà à quoi ressemblera le site réhabilité

 

Lucie Taïeb nous propose un récit incroyable. Un documentaire riche et détaillé. Elle relate l’histoire de la décharge, le fait qu’elle aura recueilli les décombres du World Trade Center en 2001 avant sa fermeture définitive et sa réhabilitation. Fresh Kills s’est transformée en FreshKills Park, plus grand parc public de New York. A terme, en 2036, ce nouveau poumon vert sera trois fois plus grand que Central Park.

Les déchets des new yorkais sont maintenant exportés jusqu’en Caroline du Sud. L’art de cacher ce que l’on ne veut pas voir…D’autant que si le visage de Fresh Kills a changé pour devenir vert, les tonnes de déchets subsistent toujours en sous-sol. Une aberration écologique !

J’ai adoré cet ouvrage, les enjeux sont bien définis, Lucie met le doigt sur notre rapport aux déchets, nous met face à nos contradictions, notre irresponsabilité, notre ignorance mais également face à notre volonté de tenir compte des impacts de notre mode de vie sur l’environnement.

« Sa négligence ne nuit pas à cette « nature » substantialisée qui a, depuis bien longtemps, cessé d’être. Elle égratigne simplement l’image que nous aimons entretenir de nous-même, citoyens respectueux de leur environnement, qui voulons à tout prix garder les mains propres, laissant à d’autres acteurs, clairement identifiés sous le nom de « multinationales », le soin de saigner la terre et de semer la guerre pour garantir la satisfaction de nos besoins les plus fondamentaux. »

La seule chose que j’aurai aimé trouvé entre les pages de ce livre est une étude plus approfondie sur l’impact environnemental, aussi bien pour les habitants de Staten Island, qui ont dû supporter cette décharge quasiment sous leurs fenêtres, mais également pour les générations futures, qui viendront pique-niquer sur une herbe, certes verte, mais ayant poussé sur les déchets toujours présents en sous-sol. La pollution des sols est très peu abordée, pourtant, avec les décombres du WTC qui y sont encore, j’imagine que amiante, benzène, mercure, PCB et autres joyeusetés ont la part belle.

Ah et inutile de se dire que le cas est unique, que l’on a là un bel exemple du consumérisme à l’américaine, car le problème existe ailleurs, et en France également.

« Parmi les photos que je n’ai pas prises aujourd’hui : un homme endormi sur une chaise de bureau, sur le trottoir, deux grands sacs poubelles noirs posés à côté de lui. L’image n’aurait rien dit de plus que ce qu’hélas nous savons déjà : d’un côté ceux qui avancent, et de l’autre le bord du trottoir. Entre le bon et le mauvais côté, la frontière est parfois floue, car l’espace urbain n’est pas homogène. »

Lucie va visiter le site en pleine restructuration, en 2015. J’ai été scotchée par ce passage ! Il met en avant toute l’absurdité du projet : des plantes vont pousser sur un substrat de déchets. Alors, oui, les oiseaux sont de retour sur le site, ce qui est une excellente nouvelle, mais que dire de cet ertsatz de nature soi-disant « retrouvée » ?

La plume de Lucie est fluide, précise, nette. La narration à la première personne accentue le malaise ressenti tout au long de cette lecture. Car le constat de Lucie est sans appel et donne des sueurs froides. La surconsommation transforme inéluctablement notre planète en immense décharge.

Un livre qui permet d’ouvrir la réflexion, de se questionner sur notre façon de vivre, sur notre relation avec nos déchets. Pour aller plus loin. A la suite de cette lecture, j’ai passé des heures sur internet à faire des recherches pour trouver ce qu’il m’a manqué dans « Freshkills » : approfondir.

Une lecture que je conseille à tous, essentielle. Même si elle m’a laissé un goût amer…

« Au terminal du ferry, après la visite du parc, je retrouve par hasard M., et nous faisons la traversée ensemble. Elle me redit combien Staten Island a souffert de la décharge, elle me rappelle ce nom de forgotten borough, l’arrondissement oublié. Ce nom me reviendra le jour suivant lorsque, depuis le pont de Brooklyn, sous un ciel bas et lourd, derrière la statue de la Liberté, derrière l’île du gouverneur, je l’aperçois confusément, île perdue dans la brume, aux contours indistincts, plus irréelle encore que ne l’était Manhattan vu du sommet du mont nord. »

Je remercie la Masse Critique de Babélio et les Éditions Pocket pour cette lecture.

#Pocket     #LucieTaleb   #Freshkills

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En bref :

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : le résumé m’a de suite interpellée. Découvrir un autre visage de New York s’est avéré instructif, comme je le pensais au départ.

Auteur connu : je ne connaissais pas Lucie. Pourtant elle a écrit plusieurs livres.

Émotions ressenties lors de la lecture : ce livre m’a vraiment mise mal à l’aise. Nous sommes tous acteurs de cette déchéance. Et que faisons-nous pour inverser la tendance ?

Ce que j’ai moins aimé : j’aurai aimé plus de détails et d’approfondissement du sujet.

Les plus : la thématique, la narration.

4 réflexions sur “« Freshkills recycler la terre » de Lucie TALEB

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